Le chat et les deux moineaux

 

Un chat contemporain d’un fort jeune moineau

 

Fut logé près de lui dès l’âge du berceau ;

 

La cage et le panier avaient même pénates.

 

Le chat était souvent agacé par l’oiseau :

 

L’un s’escrimait du bec, l’autre jouait des pattes.

 

Ce dernier toutefois épargnait son ami.

 

Ne le corrigeant qu’à demi :

 

Il se fût fait un grand scrupule

 

D’armer de pointes sa férule.

 

Le passereau moins circonspect,

 

Lui donnait force coups de bec.

 

En sage et discrète personne,

 

Maître Chat excusait ces jeux :

 

Entre amis, il ne faut jamais qu’on s’abandonne

 

Aux traits d’un courroux sérieux.

 

Comme ils se connaissent tous deux dès leur bas âge,

 

Une longue habitude en paix les maintenait ;

 

Jamais en vrai combat le jeu ne se tournait ;

 

Quand un moineau du voisinage

 

S’en vint les visiter, et se fit compagnon

 

Du pétulant Pierrot et du sage Raton.

 

Entre les deux oiseaux il arriva querelle ;

 

Et Raton de prendre parti.

 

« Cet inconnu, dit-il, nous la vient donner belle

 

D’insulter ainsi notre ami !

 

Le moineau du voisin viendra manger le nôtre ?

 

Non, de par tous les chats ! » Entrant lors au combat,

 

Il croque l’étranger. « Vraiment, dit Maître Chat,

 

Les moineaux ont un goût exquis et délicat ! »

 

Cette  réflexion fit aussi croquer l’autre.

 

 

Quelle morale puis-je inférer de ce fait ?

 

Sans cela toute fable est un œuvre imparfait.

 

J’en crois voir quelques traits ; mais leur ombre m’abuse,

 

Prince, vous les aurez incontinent trouvés :

 

Ce sont des jeux pour vous, et non point pour ma Muse,

 

Elle et ses sœurs n’ont pas l’esprit que vous avez.



29/01/2012
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