Le rat et l'éléphant

 

Se croire un personnage est fort commun en France :

 

On y fait l’homme d’importance,

 

Et l’on n’est souvent qu’un bourgeois :

 

C’est proprement le mal françois.

 

La sotte vanité nous est particulière.

 

Les Espagnols sont vains, mais d’une autre manière.

 

Leur orgueil me semble en un mot

 

Beaucoup plus fou, mais pas si sot.

 

Donnons quelque image du nôtre

 

Qui sans doute en vaut bien un autre.

 

 

Un rat des plus petits voyait un éléphant

 

Des plus gros, et raillait le marcher un peu lent

 

De la bête de haut parage,

 

Qui marchait à gros équipage.

 

Sur l’animal à triple étage

 

Une sultane de renom,

 

Son chien, son chat et sa guenon,

 

Son perroquet, sa vieille, et toute sa maison,

 

S’en allaient en pèlerinage.

 

Le rat s’étonnait que les gens

 

Fussent touchés de voir cette pesante masse :

 

« Comme si d’occuper plus ou moins de place

 

Nous rendait, disait-il, plus ou moins importants.

 

Mais qu’admirez-vous tant en lui, vous autres hommes ?

 

Serait-ce ce grand corps qui fait peur aux enfants ?

 

Nous ne prisons pas, tous petits que nous sommes,

 

D’un grain moins que les éléphants. »

 

Il en aurait dit davantage ;

 

Mais le chat, sortant de sa cage,

 

Lui fit voir en moins d’un instant

 

Qu’un rat n’est pas un éléphant.



29/01/2012
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