L'âne et le chien

 

Il se faut entr’aider : c’est la loi de Nature.

 

L’âne un jour pourtant s’en moqua :

 

Et ne sais comme il y manqua,

 

Car il est bonne créature.

 

Il allait par pays accompagné du chien,

 

Gravement, sans songer à rien ;

 

Tous deux suivis d’un commun maître.

 

Ce maître s’endormit. L’âne se mit à paître :

 

Il était alors dans un pré,

 

Dont l’herbe était fort à son gré.

 

Point de chardons pourtant ; il s’en passa pour l’heure :

 

Il ne faut pas toujours être si délicat ;

 

Et faute de servir ce plat

 

Rarement un festin demeure.

 

Notre baudet s’en sut enfin

 

Passer pour cette fois. Le chien, mourant de faim,

 

Lui dit : « Cher compagnon, baisse-toi, je te prie ;

 

Je prendrai mon dîné dans le panier au pain. »

 

Point de réponse, mot : le roussin d’Arcadie

 

Craignit qu’en perdant un moment,

 

Il ne perdit un coup de dent.

 

Il fit longtemps la sourde oreille ;

 

Enfin il répondit : « Ami, je te conseille

 

D’attendre que ton maître ait fini son sommeil ;

 

Car il te donnera sans faute à son réveil,

 

Ta portion accoutumée.

 

Il ne saurait tarder beaucoup. »

 

Sur ces entrefaites un loup

 

Sort du bois, et s’en vient ; autre bête affamée.

 

L’âne appelle aussitôt le chien à son secours.

 

Le chien ne bouge, et dit : « Ami, je te conseille

 

De fuir, en attendant que ton maître s’éveille ;

 

Il ne saurait tarder ; détale vite, et cours.

 

Que si ce loup t’atteint, casse-lui la mâchoire.

 

On t’a ferré de neuf ; et si tu me veux croire,

 

Tu l’étendras tout plat. » Pendant ce beau discours

 

Seigneur Loup étrangla le baudet sans remède.

 

 

Je conclus qu’il faut qu’on s’entr’aide.



29/01/2012
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