Le héron

 

Un jour, sur ses longs pieds, allait je ne sais où

 

Le héron au long bec emmanché d’un long cou :

 

Il côtoyait une rivière.

 

L’onde était transparente ainsi qu’aux plus beaux jours ;

 

Ma commère la carpe y faisait mille tours

 

Avec le brochet son compère.

 

Le héron en eût fait aisément son profit :

 

Tous approchaient du bord, l’oiseau n’avait qu’à prendre ;

 

Mais il crut mieux faire d’attendre

 

Qu’il eût un peu plus d’appétit :

 

Il vivait de régime, et mangeait à ses heures.

 

Après quelques moments l’appétit vint : l’oiseau

 

S’approchant du bord vit sur l’eau

 

Des taches qui sortaient du fond de ces demeures.

 

Le mets ne lui plut pas ; il s’attendait à mieux,

 

Et montrait un goût dédaigneux

 

Comme le rat du bon Horace.

 

« Moi des tanches ? dit-il, moi héron que je fasse

 

Une si pauvre chère ? Et pour qui me prend-on ? »

 

La tanche rebutée, il trouva du goujon.

 

« Du goujon ! C’est bien là le dîner d’un héron !

 

J’ouvrirais pour si peu le bec ! Aux dieux ne plaise ! »

 

Il l’ouvrit pour bien moins : tout alla de façon

 

Qu’il ne vit plus aucun poisson.

 

La faim le prit, il fut tout heureux et tout aise

 

De rencontrer un limaçon.



29/01/2012
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