Le renard, les mouches et le hérisson

 

Aux traces de son sang, un vieux hôte des bois,

 

Renard fin, subtil et matois,

 

Blessé par des chasseurs, et tombé dans la fange,

 

Autrefois attira ce parasite ailé,

 

Que nous avons mouche appelé.

 

Il accusait les dieux, et trouvait fort étrange

 

Que le Sort à tel point le voulût affliger,

 

Et le fit aux mouches manger.

 

« Quoi ! Se jeter sur moi, sur moi le plus habile

 

De tous les hôtes des forêts !

 

Depuis quand les renards sont-ils un si bon mets ?

 

Et que me sert ma queue ? Est-ce un poids inutile ?

 

Va ! Le Ciel te confonde, animal importun.

 

Que ne vis-tu sur le commun ? »

 

Un hérisson du voisinage,

 

Dans mes vers nouveau personnage,

 

Voulut le délivrer de l’importunité

 

Du peuple plein d’avidité :

 

« Je les vais des mes dards enfiler par centaines,

 

Voisin renard, dit-il, et terminer tes peines.

 

- Garde-t’en bien, dit l’autre ; ami, ne le fais pas ;

 

Laisse-les, je t’en prie, achever leurs repas.

 

Ces animaux sont soûls ; une troupe nouvelle

 

Viendrait fondre sur moi, plus âpre et plus cruelle. »

 

Nous ne trouvons que trop de mangeurs ici bas :

 

Ceux-ci sont courtisans, ceux-là sont magistrats.

 

Aristote appliquait cet apologue aux hommes.

 

Les exemples en sont communs,

 

Surtout au pays où nous sommes.

 

Plus telles gens sont pleins, moins ils sont importuns.



29/01/2012
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